Historique de la Cathédrale de Strasbourg

Si une tradition fait remonter le 1er édifice à Clovis, un autel dédié à la Vierge aurait existé sous l’évêque Rémi (+ vers 782) d’après une source du Xe s. Selon une chronique d’Ermold le Noir, vers 826, on peut supposer que la cathédrale emprunte le plan de la basilique carolingienne à deux absides opposées, à l’instar du plan de Saint-Gall. En 1002, la cathédrale est incendiée par Hermann, duc de Souabe, et l’évêque Wernher de Habsbourg (1001-1028) entreprend la reconstruction d’une basilique aux proportions très vastes.

Après de nombreuses vicissitudes, et l’incendie de 1176, un nouveau chantier est entrepris vers 1180 avec différentes campagnes de reconstruction du chœur et du transept. A noter l’élégante chapelle St-Jean, avec ses neuf travées, qui renferme le tombeau de l’évêque Conrad de Lichtenberg. C’est peut-être l’évêque Henri de Veringen (1202-1223) et surtout son successeur Berthold de Teck (1223-1244) qui vont introduire l’art gothique venu de l’Ile-de-France. La nef sera élevée en deux campagnes successives (1250-1275) et achevée le 7 septembre 1275. La façade occidentale est mise en chantier le 25 mai 1277 sous l’évêque Conrad de Lichtenberg (1273-1299) par un architecte qui s’inspire du « projet B ». Vers 1284, Maître Erwin dirige le chantier et achève la grande rose de 14 mètres de diamètre, tandis que son fils Jean construit le deuxième niveau de la façade. Le troisième étage avec ses trois grandes baies de part et d’autre est l’œuvre de maître Gerlach. C’est Michel de Fribourg, issu de la grande dynastie des Parler qui réoriente le chantier avec le beffroi au-dessus de la galerie de l’Ascension en développant une plastique monumentale impressionnante. L’octogone avec ses quatre tourelles d’escalier est l’œuvre d’Ulrich d’Ensingen (1399-1419) qui s’achève avec la flèche pyramidale de Jean Hültz le 24 juin 1439 portée à une hauteur de 142 mètres.

L’ancienne chapelle Saint-Laurent (1495-1505) est due à Jacques de Landshut qui donne sur le portail nord au-dessus duquel est représenté le martyre de saint Laurent. On admirera l’adoration des rois mages et la Vierge à l’Enfant. La chapelle Saint-Laurent (anciennement St-Martin) a été achevée par Bernard Nonnenmacher qui est aussi l’auteur des nouvelles voûtes de la chapelle Ste-Catherine (1542) qu’avait édifiée maître Gerlach vers 1340.

Pilier des anges St LucLe Pilier du Jugement Dernier ou Pilier des Anges est un pur chef d’œuvre du début du gothique strasbourgeois. Au portail méridional, on peut admirer l’admirable tympan de la Dormition et celui du Couronnement de la Vierge ainsi que les deux célèbres représentations de l’Eglise et de la Synagogue.

Le programme iconographique de la statuaire des portails occidentaux est centré sur la Vie du Christ qui fournit une lecture continue, notamment pour les tympans représentant l’Enfance, la Passion et le Jugement dernier.

Parmi le mobilier de la cathédrale, il faut relever la chaire de Hans Hammer achevée en 1485 pour le prédicateur Geiler de Kaysersberg, le baptistère, daté de 1453, de Jodoque Dotzinger ainsi que les grandes orgues dont le buffet est dû à Frédéric Krebs d’Anspach en 1489-1491 et l’orgue à André Silbermann qui le construisit de 1714 à 1716. Mais c’est l’horloge astronomique qui attire le plus les foules avec son buffet de 1571-1574, les peintures de Tobie Stimmer et son mécanisme que nous devons à Jean-Baptiste Schwilgué (1838-1842).

La cathédrale possède un ensemble exceptionnel de vitraux, depuis la période romane (les deux « Saint Jean », le Jugement de Salomon, au transept nord, l’empereur Conrad II et son fils, dans le bas-côté nord) vers 1150-1200 ; la période gothique ( Salomon et la reine de Saba, au transept nord, les deux roses du transept sud) vers 1230-1250 ; le cycle narratif du bas-côté sud (Vie de la Vierge, Enfance du Christ, Vie publique du Christ, Passion du Christ Vie surnaturelle du Christ et Jugement dernier) du XIVe siècle. Le vitrail du Conseil de l’Europe dans l’abside du chœur date de 1956.

Jean-Paul LINGELSER


QUELQUES REPÈRES CHRONOLOGIQUES


1002

Les troupes du duc Hermann de Souabe ravagent le sanctuaire.

1015

Fondation d’une vaste basilique par l’évêque Wernher de Habsbourg.

vers 1135

Agrandissement de la crypte vers l’ouest. L’hémicycle de la crypte et la niche rectangulaire de l’autel remonteraient vers 1125.

vers 1190

Construction de la chapelle Saint-André et aménagement du chœur.

vers 1235

Arrivée du premier maître gothique ; croisillon méridional, Pilier du Jugement dernier et chapelle Saint-Jean-Baptiste avec ses piliers chartrains.

vers 1250

Début de la construction de la nef.

1277

Début de la construction de la façade occidentale.

vers 1290

L’administration et la gestion de l’Œuvre Notre-Dame sont assurées par la Ville de Strasbourg.

1298

Un énorme incendie détruit le quartier et touche gravement l’édifice.

1318

Mort de maître Erwin.

Vers 1340

Construction de la chapelle Ste-Catherine par l’évêque Berthold de Bucheck.

1352-1354

Horloge des Trois Rois.

1384

Michel de Fribourg élève l’étage du beffroi.

Juin 1439

Achèvement de la flèche de la cathédrale.

1453

Exécution du baptistère de Jodocus Dotzinger

1485

Exécution de la chaire par Hans Hammer pour Geiler de Kaysersberg.

1488

Elévation de la salle du Trésor.

1505

Achèvement du portail Saint-Laurent.

1515-1521

Edification de la chapelle St-Laurent par Hans Hammer et Bernard Nonnenmacher de Heidelberg.

1547

Début des travaux de l’horloge astronomique.

1571-1574

Peintures de Tobie Stimmer pour le buffet de l’horloge.

1682

Démolition du jubé.

1714-1716

Silbermann construit un nouvel orgue.

1739

Achat des 14 Tapisseries de la Vie de la Vierge.

1744

Construction de la sacristie des chanoines par Joseph Massol.

1759

Incendie détruisant la toiture de la nef et la tour de croisée.

1772-1778

Mise en place des galeries néo-gothiques autour de la cathédrale par Goetz.

1792

Les iconoclastes de la Révolution détruisent les portes de bronze et 235 sculptures.

1838-1842

Reconstruction complète des mécanismes de l’horloge astronomique par Jean-Baptiste Schwilgué.

1844

Néo-romanisation du chœur par Gustave Klotz.

1874-1878

Elévation de la tour de croisée néo-romane par Gustave Klotz.

1907-1928

Consolidation du pilier nord du narthex par Johann Knauth puis Charles Pierre.

1944

Bombardement américain qui endommage la tour de croisée et le bas-côté Nord.

1956

Inauguration du vitrail du chœur offert par le Conseil de l’Europe.






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